Dossier spécial sur les « Administrations Publiques 2.0 » – Partie 1/3 : Les prémisses
Les administrations publiques 2.0 – également appelés « gouvernement 2.0 » ou « administration 2.0 » – sont les instances gouvernementales qui utilisent les technologies du web 2.0 à des fins de participation, collaboration et transparence avec les citoyens et entre les administrés. Basées sur le modèle de l’Entreprise 2.0, elles préconisent le partage de valeurs managériales contemporaines, telles que la collaboration des communautés de pratique, l’aplatissement de la hiérarchie, la disposition d’un environnement de travail stimulant, etc.
Dans la bureaucratie actuelle des administrations, le défi vers une administration 2.0 est énorme : comment utiliser l’intelligence collective afin de capitaliser sur l’efficacité et l’efficience à long terme ?
Ce défi ne repose pas sur des enjeux technologiques. En effet, les plateformes sociales du web 2.0 ont déjà fait leurs preuves à des fins privées et organisationnelles. Le défi repose plutôt sur des enjeux humains. Comment utiliser la connaissance à titre de levier pour atteindre des objectifs plus grands ? Comment employer l’apport des citoyens afin d’offrir de meilleurs services à la collectivité ? Comment moderniser les pratiques de gestion et les processus en place afin d’aller chercher le meilleur des ressources, tant à l’interne qu’à l’externe ?
Ce dossier, divisé en trois parties, propose des pistes de réflexion sur ces problématiques. La première partie traite du passage de l’administration vers le « 2.0 », la seconde explique les enjeux de gestion liés à ce nouveau modèle et la troisième présente le cas « Boston 2.0 ».
Les prémisses à une nouvelle administration
Depuis quelques années, les administrations publiques sont appelées à revoir leur structure pour deux grandes raisons. La première est liée à l’évolution rapide de l’environnement externe. En effet, le secteur public est confronté à une complexité croissante et à des changements rapides. Il intervient face aux crises sociales, naturelles, économiques et politiques : le vieillissement de la population, les enjeux d’un nouveau recrutement, les pandémies, le changement climatique, la crise économique, les attentes grandissantes des citoyens et la sécurité publique.
La seconde raison qui motive les administrations publiques à revoir leur structure provient de l’émergence de nouvelles pressions internes. Une étude Microsoft France et Bernard Julhiet révélait en 2006 que les agents publics ressentaient cinq grandes évolutions dans le cadre de leur travail depuis le début du 21e siècle. Ces évolutions étaient :
- La recherche d’une plus grande efficience, via le passage d’une administration de moyens à une administration de résultats.
- L’accélération du rythme professionnel, caractérisé par le sentiment d’urgence, le raccourcissement des délais et l’accélération des échanges hiérarchiques.
- L’accroissement de la « professionnalisation », notamment via des échanges de plus en plus formels et structurés.
- Les missions plus complexes et réalisées avec plus d’autonomie, telles que le travail « sur le terrain » et à distance.
- La pression accrue des usagers, des services et des organisations avec lesquelles les instances publiques interagissent. En d’autres mots, l’étude soulève le besoin de collaborer davantage avec l’ensemble des parties prenantes.
Au cours des dernières années, ces prémisses, tant externes qu’internes, liés à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication, ont donné naissance à l’administration électronique.
L’Administration électronique
Le modèle d’administration électronique – ou « e-administration » – correspond à l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans le but d’améliorer la communication entre citoyens et administrés, d’optimiser les processus bureaucratiques et d’augmenter l'efficacité de l'administration.
Par la dématérialisation et la mise en place de services électroniques, cette « nouvelle » forme d’administration permet de répondre à des exigences de transparence, rapidité, disponibilité et simplicité, par l’exposition des informations au public et la possibilité d’effectuer des transactions en ligne.
Toutefois, le résultat, bien qu’amélioré, ne permet pas une réelle interaction avec le citoyen.
Cela s’explique par deux raisons. La première est que les administrations n’ont pas reconnu les tendances sociales ; elles ont simplement « informatisées » leurs procédures. La seconde est qu’au moment de la dématérialisation, la technologie permettait seulement de reconnaître le tendances, mais non pas d’y répondre d’une façon interactive.
Vers une Administration 2.0
L’Administration 2.0 apparaît donc comme la solution en réponse aux tendances sociales. Elle correspond au passage d’une administration traditionnelle, dématérialisée, vers une administration interactive qui place le citoyen au cœur de ses processus.
Cette interaction entre citoyens et administrés est désormais possible via l’utilisation des plateformes sociales et collaboratives du web 2.0. Elle n’est donc pas une révolution au sein des instances publiques, mais plutôt un premier pas vers la reconnaissance d’une mutation du secteur public.
La suite bientôt disponible…
Le prochain billet sur le dossier des « Administrations Publiques 2.0 » traite des enjeux de gestion liés à ce nouveau modèle.
Vous êtes intéressé par le sujet des Administrations publiques 2.0 ?
Conseils ATELYA présente le colloque « Administrations publiques 2.0 – La transformation de la relation citoyenne et de l’écosystème des villes et municipalités », le jeudi 4 novembre prochain. Ce colloque présente deux conférences : la première sur des retours d’expériences d’administrations 2.0 européennes, et la seconde sur le projet « BIXIWIKI » de la Ville de Montréal.
Pour plus d’informations à ce sujet, contactez Marco Beaulieu.
Auteur : Luc Lespérance, ATELYA
« Retour
