Enjeu de modernité : la femme numérique
Article paru dans la gazette de l'Université de Strasbourg disponible à l'adresse suivante : http://cournot.u-strasbg.fr/augustin/infos/eco/Gazette_Cournot_47.pdf Associer les concepts de femme et de modernité est ambitieux. Pour approcher le sujet, il apparaît beaucoup plus aisé de définir le deuxième concept plutôt que le premier. Selon le dictionnaire (Larousse) et la plupart des sites web consultés, la modernité est « ce qui appartient au temps présent ou à une époque relativement récente ». Plusieurs grands courants peuvent être ciblés ici pour définir ce qu'est la modernité, différentes disciplines peuvent être sollicitées pour expliquer les phénomènes qui caractérisent la modernité.
Si d'autres choisiront la philosophie, l'économie voire même la religion afin d'aborder le thème de la femme et la modernité, je serai plus pragmatique (peut-être même original) et approcherai la question sous l'angle de la technologie. Cette technologie qui nous fait parfois parler de notre temps comme « l'ère du numérique » transforme profondément le monde, et ce, à de multiples niveaux. On pourrait se poser la question de la place de la femme dans cette ère du numérique et comment celle-ci se situe par rapport aux technologies, à l'Internet et aux profondes transformations de notre mode de vie qui les accompagnent. Comme je ne suis pas compétent pour discourir sur ce que la femme attend du numérique, je propose ici plutôt d'aborder ce que le numérique attend de la femme...
Les avancées technologiques, les orientations politiques et plusieurs facteurs sociaux économiques (et même militaires) ont permis la naissance de l'Internet, ce dieu tout puissant de l'information qui offre le salut de nos âmes à coup d'adresse IP. L'Internet est peut-être tout puissant en alimentant des révolutions (en Iran il y a quelques semaines), en jouant à cupidon au travers de sites de rencontres, ou en créant des propriétaires de start-up riches en l'espace de quelques secondes puis en leur prenant tout lorsque « la bulle éclate », mais ce dieu est aveugle. Il est aveugle parce qu'il ne fait ni de différences entre les genres, les peuples ou les classes sociales. Chacun est libre sur le web, libre de participer, de créer et d'échanger.
Pourtant, il semble que l'Internet souffre de l'absence des femmes. Dans de nombreux pays comme l'Espagne (29%), l'Italie (31%), mais aussi la France (39%), la gent féminine est sous-représentée. À utilisation égale, le temps passé en ligne est également différent : en Europe, c'est 10h par mois pour les hommes, 7h pour les femmes. Cette différence, qui semble perdre en signification à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur (la Suède compte 46% de femmes internautes), est néanmoins préoccupante dans la mesure où il est désormais accepté de parler des non-utilisateurs d'Internet comme créant une fracture numérique (digital divide). Si la situation n'est pas critique, il y a lieu de se poser les questions : pourquoi avons-nous l'image de l'informaticien derrière ces lunettes qui pianote sur son clavier, pourquoi voyons-nous les jeunes hommes de la Silicon Valley devenir riches sous nos yeux à créer des sites comme Facebook, My Space ou autre ? Pour quelle raison les blogs les plus lus sont-ils majoritairement masculins ? Les contributeurs de Wikipedia surtout des hommes ?
Si la situation n'est pas critique (on connaît tous de grandes ‘femmes numériques' comme Isabelle Juppé avec son site http://www.lafemmedigitale.fr/ qui ont une empreinte indélébile sur le Web) et mon analyse peu scientifique, il apparaît clair que le numérique a besoin de la femme. Cette révolution que l'on vit doit se faire aussi au féminin afin que l'Internet, symbole de modernité, puisse bénéficier des grandes valeurs féminines et que l'ego (n.m.) ne teinte pas démesurément ce dieu aveugle.
Auteur : Patrice LETOURNEAU, ATELYA
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